27 novembre 2004

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Même si je sais que ces questions, "métaphysiques" comme je l'apprendrai plus tard, m'ont toujours trotté dans la tête, c'est entre 18 et 20 ans que j'estime avoir réellement commencer à me poser LA question, celle de l'origine.

Cela débutai par ce jeu que je faisais avec une camarade, un jeu au départ lancé à la va-vite un soir alors que nous revenions du réfectoire et que la nuit commençait à tomber. J'étais alors en classe préparatoire et venais tout juste d'obtenir mon baccalauréat, c'était encore l'euphorie de la réussite. Mais c'était un contexte qui se révélera propice au chantier de ma vie car nous devions développer de nombreuses connaissances à ce niveau de ma scolarité, et notamment en philosophie, matière que je détestais en Terminale n'en voyant vraiment pas l'utilité, et que je commençais à comprendre. Non pas que l'aspect scolaire m'intéressait, au contraire je trouvais cela assez stupide de me servir d'auteurs pour rédiger mes dissertations et appuyer mon propos, comme si je ne pouvais avoir une opinion personnelle ! Mais c'était ce que cela entrainait qui me plu rapidement, et qui fut, il ne faut pas se le cacher, un véritable choc au départ.

Effectivement, je prenais alors conscience que nulle personne n'avait de réelle opinion personnelle mais que, comme en philosophie, on se servait des autres pour se forger son avis et ses certitudes. Quoi de plus normal vous me direz, c'est la différence majeure de l'inné et de l'acquis, et en l'occurrence ici l'opinion s'acquiert. Ce fut vraiment terrible d'apprendre cela, se dire que ce que l'on pense ne vient pas de nous ou plutôt pas tout à fait... Il est vrai que l'inné à notre naissance résidera principalement dans nos gènes, c'est-à-dire viendra de nos parents, de nos grands-parents, etc...notre inné est un acquis involontaire. Par la suite on aura beau clamer que "oui c'est ce que je pense...à mon avis...", tout cela n'est que futilités que l'on se répète pour se convaincre que c'est bien là notre position. Mais en fait, si on ne lisait pas tel ou tel quotidien, si on ne regardait pas la télévision ou n'écoutait pas la radio, si on ne discutait pas avec nos proches...nous n'aurions pas d'opinion ! Notre avis n'est là que pour être partagé, et on ne peut concevoir un avis sans confrontation avec l'autre.

Quand je me répète maintenant cela, je me dis que nous sommes bien dupes durant notre vie de croire qu'on a un avis sur la question posée, alors qu'en réalité nous n'avons qu'une somme d'avis récupérés reformulée avec nos mots ! Pour cette évidence désormais, je peux remercier la philosophie de m'avoir un peu ouvert les yeux, et je pense qu'en fait cette matière est la plus fondamentale des matières enseignées, seulement elle est malheureusement instruite par des incapables ne pouvant réfléchir par eux-mêmes, mais étant prisonniers du système scolaire, des auteurs aux programmes, des livres étudiés.

Sur la route de l'internat je m'arrêtai donc un instant pour échanger avec ma copine de l'époque et nous jouâmes au "et avant ?". Ce jeu a une origine dans notre enfance, le réel âge de raison contrairement à ce qu'on entend dire ! C'est en effet l'âge où nous sommes encore purs des pressions extérieures et où nous n'hésitons pas à poser les vraies questions, c'est l'âge de la liberté. Ce jeu enfantin donc, nous entraine très vite pour peu que l'on s'y prépare un peu dans une spirale infernale développant de manière incroyable notre réflexion et notre imaginaire.

"Cloé, comment es-tu arrivée là? ... Grâce à tes parents, tu as raison, et avant eux il y avait qui? ... Tes grands-parents, oui et avant ? ... Tes arrières grands-parents, ok et avant ? ... Tu ne les a pas connu ? Alors nous allons faire jouer notre réflexion à plein, après tout si nous sommes ici, c'est que nous avions un brun d'intelligence quand même !" Nous avons donc ainsi remonter les Âges pendant de longues heures, en allant doucement, sans se presser de peur d'arriver trop vite au point de rupture, celui de l'Ignorance suprême... Passionné d'Histoire ce jeu me plaisait beaucoup ainsi qu'à Cloé, ce n'était pas pour rien que j'étais bien avec elle, mais justement parce que nous avions beaucoup de points communs (d'opinions communes?) et de sujets discussions qui nous intéressaient.

Ce qui est incroyable dans ce genre de moments, c'est que l'on s'aperçoit que notre mémoire est immense voire infinie et que nous nous souvenons de beaucoup de nos cours passés pour remonter, au fil des siècles, l'Histoire de notre Origine. Si nous avions quelques doutes à certains moments dans l'élaboration de notre gigantesque arbre généalogique, on ne s'en laissait pas compter. Tous les régimes politiques y passaient alors que la nuit était déjà bien avancée. Les "et avant ?" que je posais et qu'elle reprenait de temps à autres en choeur nous entraînait dans une boulimie de savoir et de comprendre qui nous rendait presque hystériques par instant. Le premier gros doute intervînt à l'horizon de l'an 0 de notre ère, quelques renseignements pris sur internet et nous enchaînâmes. Nous étions maintenant arrivés à un stade où la précision n'était plus vraiment notre fort mais cela n'avait plus vraiment d'importance, nous savions tous les deux dans quelle direction nous allions et surtout, ce qui nous attendait. Les Âges préhistoriques furent avalés à une vitesse dont nous ne soupçonnions même pas que nos connaissances conjuguées pouvaient atteindre.

Enfin nous arrivions au moment tant attendu, celui où la vie n'existait naturellement pas, celui avant la création de la Terre, celui de la création de l'Univers. "Et avant ?" tentais-je du bout des lèvres...

Posté par Yanx à 18:24 - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Page 2

    lectures

    Entiérement d'accord avec toi, la philosophie est une des matiéres les plus importantes de la scolarité mais je l'ai réalisé trop tard, aprés la prépa.

    Pourquoi la philo se veut-elle si rébarbative, pleine de gros mots et phrases alambiquées alors que ce qui se concoit clairement s'énonce simplement? Dans cette optique, un EXCELLENT auteur: André Compte-Sponville. Il fait rimer finesse avec argumentation, démonstration philosophique et simplicité. Je suis fan depuis longtemps.

    Un autre tès bon bouquin dans la même veine: Stephen Hawking, une brève histoire du temps; qui explique en des termes simples la théorie de la relativité, du chaos, du big bang, des trous noirs, des galaxies...bref, du commencement.

    Posté par petitguigui, 30 novembre 2004 à 23:49 | | Répondre
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